Les dix ans de la ZEP-RE Academy témoignent du renforcement des capacités de l’Afrique en matière d’assurance

HomeFrench

Les dix ans de la ZEP-RE Academy témoignent du renforcement des capacités de l’Afrique en matière d’assurance

Il y a dix ans, la ZEP-RE Academy a vu le jour, animée par la conviction que le secteur africain de l’assurance et de la réassurance ne pourrait se développer qu’au rythme de l’évolution des compétences des personnes chargées de le diriger, de le réglementer et de le servir.

Ce qui n’était au départ qu’une initiative de formation ciblée est devenu une plateforme d’apprentissage à l’échelle du continent, à laquelle font confiance les régulateurs, les conseils d’administration, les dirigeants, les professionnels et les partenaires de développement de l’ensemble du secteur.

Alors que la ZEP-RE Academy célèbre son 10ème anniversaire, son histoire est celle d’une croissance et d’un renforcement des capacités au plus près des marchés qui en ont le plus besoin.

Une décennie en mouvement

Lorsque l’académie a ouvert ses portes, les formations spécialisées en assurance et en réassurance étaient encore rares, fragmentées, voire tout simplement inexistantes à l’échelle locale. De nombreux professionnels devaient se tourner vers l’extérieur du continent africain pour acquérir les connaissances nécessaires afin de servir les marchés africains.

Une décennie plus tard, la situation a considérablement changé. L’académie est passée de programmes qui rassemblaient autrefois entre 20 et 30 stagiaires à la fois, à des sessions virtuelles et des webinaires pouvant attirer plus de 500 participants. Ce qui avait commencé par une dizaine d’ateliers par an s’est développé pour atteindre aujourd’hui plus de 60 ateliers et webinaires annuels. Au cours de cette période, l’académie a formé environ 30 000 professionnels issus de plus de 70 pays à travers le monde.

Derrière ces chiffres se cachent des personnes désormais mieux armées pour souscrire des risques complexes, gérer les sinistres, conseiller les clients, diriger des institutions et renforcer les marchés de l’assurance sur l’ensemble du continent.

Mise à l’épreuve par la crise, renforcée par elle

La COVID-19 a mis à l’épreuve le modèle même de l’académie. L’apprentissage en présentiel en constituait le pilier. Puis les déplacements ont cessé, les rassemblements ont été suspendus et le calendrier de formation professionnelle dans toute la région a été bouleversé.

L’académie a réagi en repensant ses programmes pour les adapter à un format virtuel et numérique, sans pour autant compromettre leur rigueur. Cette transition a nécessité de nouvelles plateformes, de nouvelles méthodes d’animation et un dépannage constant sur des marchés où la connectivité est inégale.

Ce qui avait commencé comme une réponse à la crise s’est transformé en une véritable « salle de classe » continentale. Les participants ont pu poursuivre leur apprentissage au-delà des frontières, et les réseaux professionnels ont continué de se développer même lorsque les déplacements physiques étaient restreints. La pandémie n’a pas interrompu le travail de l’académie ; au contraire, elle a élargi sa portée au-delà de ce qu’elle aurait pu imaginer.

Combler le fossé du « dernier kilomètre »

Le travail de l’académie s’est également étendu au-delà des publics professionnels traditionnels pour atteindre des communautés historiquement exclues de la protection de l’assurance. Dans le cadre du projet DRIVE, financé par la Banque mondiale et mis en œuvre en partenariat avec les gouvernements régionaux – ZEP-RE étant l’organisme chargé de la mise en œuvre de la composante I –, l’académie a conçu des formations sur l’éducation financière adaptées à l’assurance bétail indexée (IBLI) pour les communautés pastorales de la Corne de l’Afrique.

Elle a également doté les animateurs communautaires et les institutions proposant cette couverture des compétences nécessaires pour traduire un produit complexe en une solution que les populations marginalisées peuvent comprendre, en laquelle elles peuvent avoir confiance et qu’elles peuvent utiliser. En Zambie, le projet « Grain for Premium », financé par la DEG, propose aux communautés agricoles un produit paramétrique d’assurance agricole contre la sécheresse et permet le paiement des primes en céréales, un modèle fondé sur les réalités des récoltes plutôt que sur la rigidité des flux de trésorerie.

Au-delà de ces deux initiatives, la leçon à retenir est claire : au-delà des salles de réunion et des salles de classe, les compétences en matière d’assurance se construisent là où le risque est vécu.

Une crédibilité fondée sur la qualité

À mesure que la portée de l’académie s’étendait, il fallait que la qualité reste visible et constante. Son accréditation par le Chartered Insurance Institute (CII) au Royaume-Uni a marqué une étape importante dans ce parcours. Elle a démontré qu’un établissement de formation africain pouvait rester ancré dans les réalités du marché du continent tout en alignant son programme, son évaluation et ses acquis d’apprentissage sur des normes internationales reconnues. Cette accréditation a renforcé la crédibilité de l’académie sans altérer son identité. Elle a consolidé la qualité de ce que l’académie avait déjà mis en place.

Un savoir durable

La force caractéristique de l’académie réside dans son approche pratique de l’apprentissage. La formation est conçue pour passer de la salle de classe au terrain, en s’appuyant sur des études de cas tirées d’événements régionaux réels liés aux risques et sur des évaluations des risques sur site qui font sortir les apprenants de la salle de formation pour les plonger dans des environnements opérationnels réels.

Un professionnel spécialisé dans les risques immobiliers ne se contente pas d’aborder les aléas d’un point de vue théorique. Il se rend sur le terrain, dans les usines, examine les systèmes de sécurité et évalue les risques dans des conditions réelles. Il en va de même dans le domaine de l’assurance maritime. Des visites sur place dans les ports de Mombasa et de Dar es Salaam ont permis aux professionnels de mieux comprendre les risques maritimes liés au fret, aux navires, à la logistique et aux opérations portuaires. Des visites similaires dans des oléoducs et des usines ont ancré les discussions de souscription dans les risques liés aux infrastructures, à la sécurité et à l’interruption d’activité.

Il s’agit là d’un apprentissage qui perdure bien au-delà de l’obtention du certificat, transformant la manière dont les professionnels exercent leur métier.

Un cercle d’influence qui s’élargit

Il y a dix ans, la formation dispensée par l’académie s’adressait principalement aux professionnels des domaines techniques et opérationnels. Aujourd’hui, son champ d’action s’étend à l’ensemble de l’écosystème de l’assurance : les régulateurs qui façonnent les politiques et les pratiques du marché ; les conseils d’administration qui définissent l’orientation stratégique et l’appétit pour le risque ; les cadres dirigeants qui guident les institutions à travers la complexité ; et les professionnels de première ligne chargés de la souscription, des sinistres et de la distribution.

Certaines de ses contributions les plus importantes ont eu lieu en dehors des salles de classe. En Somalie, l’académie a soutenu l’élaboration du projet de loi sur le takaful, contribuant ainsi à jeter les bases réglementaires d’une assurance conforme à la charia sur un marché où les systèmes formels de protection contre les risques sont encore en cours de développement. Ce travail illustre le renforcement des capacités au niveau du marché : il s’agit non seulement de soutenir les acteurs qui proposent des assurances, mais aussi de mettre en place les conditions politiques permettant à de nouvelles formes de protection de s’implanter.

La prochaine étape

La prochaine décennie de l’académie se déroulera dans un secteur bouleversé et remodelé par les risques climatiques, les exigences en matière de développement durable, la transformation numérique et un besoin de produits plus inclusifs. L’évolution de ses programmes dans les domaines de l’ESG, de la finance durable, des risques climatiques, du takaful et de l’intelligence artificielle reflète une institution qui évolue au rythme du marché qu’elle a été créée pour servir.

Rien de tout cela n’a été accompli seul. Les partenariats avec des associations d’assurance régionales et internationales, des instituts, des écoles supérieures, des partenaires de développement et des organismes sectoriels ont élargi la portée de l’académie, enrichi ses programmes et maintenu les réalités des marchés africains au cœur de ses préoccupations.

Dix ans, c’est suffisamment long pour prouver que le modèle fonctionne et suffisamment tôt pour savoir que les plus grandes contributions de l’académie sont encore à venir. Sa première décennie a permis de renforcer sa crédibilité, d’étendre son rayonnement, de nouer des partenariats et de constituer une communauté grandissante de professionnels capables de servir les marchés africains en toute confiance.

La prochaine décennie sera jugée à l’aune de la capacité de ces fondements à se traduire par des institutions plus solides, des produits mieux conçus, des marchés plus inclusifs et un continent plus résilient.

Christine Gitachu-Mungai est la directrice de la ZEP-RE Academy.

COMMENTS

WORDPRESS: 0
DISQUS:

Discover more from Africa Ahead

Subscribe now to keep reading and get access to the full archive.

Continue reading