Cadre d’assurance, Drissa Traoré est par ailleurs directeur général adjoint de SanlamAllianz Burkina Faso. Dans cette interview, il aborde les opportunités que le secteur minier burkinabè offre à l’industrie locale d’assurance. M. Traoré y souscrit également en faux contre l’argument selon lequel les assureurs locaux n’ont pas l’expertise nécessaire pour prendre en charge les risques liés à l’industrie extractive.
Classé parmi les cinq meilleurs producteurs d’or d’Afrique, le Burkina Faso connait un boom minier ces dernières années. Quelles opportunités ce secteur offre-t-il au secteur assurantiel national ?
Le secteur minier est très stratégique pour notre économie. C’est une grande chaîne qui va de la recherche, à l’exploitation, en passant par la phase de construction de la mine, y compris la phase de réhabilitation. A toutes ces phases, ce sont des personnes qui y travaillent et des capitaux énormes qui y sont investis en termes de biens matériels. Il y a donc des risques liés aux activités minières, qui concernent la responsabilité, les risques en cas d’accident, de maladie, à la destruction des biens… que les assureurs essaient de capter, en proposant des produits adaptés, pour assurer leur répartition.
Les risques d’attaques terroristes existent et sont également assurables sur notre marché, sans oublier les risques liés au transport des lingots d’or de la production jusqu’au lieu de la vente, contre leur destruction ou disparition/vol. On retrouve tous ces risques existent aussi au niveau des sous-traitants des sociétés minières connus sous le nom de fournisseurs des minières, notamment ceux qui assurent la restauration, le transport du matériel, la maintenance, etc. Au regard de cet éventail de risques, on peut dire, sans risque de se tromper, que le secteur minier apporte beaucoup de primes aux assureurs.
Les compagnies d’assurance locales arrivent-elles à capter toutes ces opportunités ?
Oui. Il y a l’article 308 du code CIMA, qui fait obligation de domiciliation locale de l’assurance. Ce fait que les entreprises minières, qui sont généralement des multinationales (même si la nationalisation prend de plus en plus des parts), sont obligées de prendre les contrats d’assurance auprès des assureurs implantés au Burkina Faso. Même s’il y a des déperditions, il y a un effort gigantesque qui est fait pour que les contrats soient émis auprès des assureurs burkinabè, et surtout avec la loi sur le « content local ».
Plus concrètement, quelles sont les couvertures de risques que les assureurs locaux offrent à l’industrie minière ?
Derrière la cartographie des risques, les assureurs burkinabè sont suffisamment outillés pour proposer toute une gamme de produits adaptés à ces risques, car il y a la technique de coassurance et de réassurance qui vient en appui. En termes de produits, nous proposons des polices d’assurance santé pour le personnel (et leurs familles) des entreprises minières, individuelle accident en cas de décès et d’invalidité. Au niveau des risques de l’assurance-vie, il y a l’Indemnité de Fin de Carrière pour gérer le passif social, les temporaires décès toute cause, la couverture des risques crédits bancaires du personnel liés au décès ou à la perte de carrière etc.
Au-delà de ce volet assurance-vie, il y a l’assurance non-vie, qui prend en compte des produits comme la responsabilité civile (RC) souscrite aussi bien par les mines que le les sous-traitants, la Responsabilité Civile des mandataires sociaux, la « tous risques chantiers », le contrat transport sur faculté pour le déplacement du matériel pendant la phase de construction de la mine, le mouvement des lingots d’or et au cours de l’exploitation. Nous couvrons les sites d’exploitations en cas d’incendie et autres risques définis, le matériel roulant (l’assurance automobile), les contrats PVT (Politiques, violences, terrorisme), , les contrats aviations…
Au-delà des assureurs qui tirent profit de ces primes, il y a un ensemble de taxes qui sont reversées à l’État, comme les taxes d’assurance, les frais de contrôle de l’ordre 1,5% des primes émises. Ce qui contribue à la mobilisation des ressources pour le budget de l’Etat. Le secteur minier impacte énormément le chiffre d’affaires des compagnies d’assurances, même si les données agrégées sur la part dudit secteur ne sont pas disponibles.
Les mines sont considérées comme un secteur capitalistique, à haute technicité, et pour lequel l’industrie assurantielle locale n’a pas les compétences nécessaires pour assurer une couverture optimale des risques y afférents. Est-ce une critique à tort ou à raison ?
C’est une critique à tort, car la technique d’assurance reste universelle. Ce que l’assureur burkinabè fait est la même chose que ce que fait un assureur brésilien ou américain ! Nous utilisons tous la réassurance, car aucune compagnie dans le monde ne peut assurer seule le risque à 100%. Toutes les compagnies d’assurance agréées sur le marché burkinabè ont la capacité de couvrir les risques miniers. Et nous luttons plutôt pour que les assurances du secteur minier se soient pas souscrites à l’étranger, car nous en avons la capacité, surtout à travers les mécanismes de la coassurance et de la réassurance. J’insiste, c’est une critique qui n’est pas juste ! Et je suis intransigeant là-dessus, nous avons toutes les compétences au niveau local.
Il faudrait donc pas se cacher derrière certaines considérations pour faire sortir les primes de notre pays. La preuve, nous assurons de grosses sociétés minières implantées au Burkina Faso. Par exemple, au niveau de SanlamAllianz Burkina Faso, nous avons couvert et payé le sinistre de Natou Mining à plus de 4 milliards F CFA. Cela veut dire que quel que soit le montant du sinistre, nous pouvons payer. Il en est de même avec les destructions au niveau de Houndé Gold où dès le lendemain, nous avons assuré la continuité des travaux de la mine, le paiement s’en est suivi aussi sans problème à plus de 4 milliards également. Vous pouvez consulter les livres chez IAMGOLD ou Ex-Mine de Youga Gold. La liste est longue sur le marché en termes d’indemnisation. Tout cela montre qu’il y a de la technicité, des compétences ! Nous avons donc l’arsenal technique qui permet de ne plus externaliser les primes du secteur minier.
Je salue au passage la création de la compagnie nationale de réassurance, Faso-Ré, qui pourra capter une partie des affaires cédées en réassurance dans notre pays (conservation des primes), et contribuera aussi à la régulation du secteur des assurances. Notre souhait est que les assureurs s’organisent davantage pour garder au maximum des primes, afin d’effectuer des placements dans notre pays par la création de « pools d’assurance » de souscription dans le domaine.
Malgré l’existence de l’expertise, n’y a-t-il pas tout de même des contraintes ou des défis à relever par les assureurs burkinabè pour une meilleure couverture des risques miniers ?
Il n’y a pas de contraintes particulières, car l’arsenal juridique est là, et surtout avec la politique actuelle en matière de contenu local qui fait qu’on s’intéresse de plus en plus à la nationalité des assureurs en place. Il y a cette obligation de souscrire 45% des primes auprès des assureurs locaux dont l’actionnaire majoritaire dépasse 51%. Nous avons des ingénieurs, des cadres suffisamment formés pour répondre aux attentes des minières. La contrainte réside plutôt du côté des investisseurs qui ont peut-être des réseaux internationaux et qui souhaiteraient peut-être externaliser la couverture de leurs risques auprès de leurs réseaux implantés au niveau national à cause des contraintes de notation internationale de leurs partenaires.
Autrement dit, si le terrain, il y a des sociétés minières qui externalisent leur couverture de risques hors du pays ?
Au début, il y avait des cas. Mais, aujourd’hui, avec la pression et la surveillance faite surtout par le ministère des Mines, dans le cadre du contenu local, ces cas deviennent très, très réduit. Ce qui fait que ces contraintes qu’on avait au-débuts commencent à se rétrécir, car les compagnies minières et les sous-traitants sont obligés de transmettre l’ensemble de leurs budgets annuels à l’avance au ministère des Mines. Cela permet de faire le contrôle et de s’assurer que 45% sont placés auprès des compagnies locales et que toutes les polices sont souscrites au niveau national.
Que faire pour optimiser davantage la part des assureurs locaux dans le secteur minier ?
Nous sommes dans un monde planétaire où les investisseurs qui sont dans le secteur des mines, très souvent, se retrouvent dans des secteurs stratégiques comme la banque, ou les assurances. Pour un certain nombre d’investissements, qui sont pratiquement le cœur même de la mine, comme les machines et matériels lourds couverts en « global dommage », ils ont tendance à placer ces risques-là dans leurs réseaux d’assurances et de réassurances. L’autre difficulté réside dans le fait que les sociétés minières souhaitent avoir à faire à des compagnies d’assurance cotées au niveau international, surtout pour ce qui concerne les risques global-dommage pour faciliter les négociations des niveaux de primes et obtenir des facilités commerciales en cas de sinistres. Pour ce qui est des risques locaux, comme l’automobile, le transport de marchandises ou l’assurance maladie, le problème ne se pose pas.
Pour contrer cet argumentaire des investisseurs miniers, n’y a-t-il pas lieu que les compagnies locales tendent aussi vers cette cotation en bourse ?
Non seulement il y a cela, mais le vrai problème réside dans la convergence d’intérêts des investisseurs miniers, qui investissent à la fois dans des secteurs stratégiques comme les mines, les banques, les assurances, l’hôtellerie, etc. Il y a donc une chaine d’affaires qui s’organise autour de la mine et qui guide les partenariats. Sinon, personnellement, le mécanisme de la réassurance permet de lever toute suspicion. Mais globalement, tout se passe bien. Par le biais de la co-assurance, les assureurs locaux arrivent à capter cette manne, en termes de primes, de taxes et de frais de contrôle.
Est-ce à dire que quand les primes ne sont pas souscrites au niveau national, l’Etat perd en termes de recettes fiscales ?
Oui, absolument ! Lorsque les primes sont souscrites au niveau d’un assureur immatriculé au Burkina Faso, qu’il s’agisse auprès d’un assureur local ou un assureur-filiale d’un groupe international, l’Etat est sûr de capter ses taxes y afférentes, car le mécanisme est systématique dans notre système de métier.


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