Les assureurs africains esquissent la prochaine ère de croissance lors du jubilé d’or de la FANAF

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Les assureurs africains esquissent la prochaine ère de croissance lors du jubilé d’or de la FANAF

Les acteurs du secteur de l’assurance africaine se sont réunis du 9 au 11 février à Abidjan, en Côte d’Ivoire, pour célébrer les 50 ans d’existence de la Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines (FANAF). Mais plus qu’une simple commémoration, cette 50e Assemblée annuelle s’est voulu une tribune pour revisiter le passé, faire le bilan des cinq décennies de contribution à la résilience des économies du continent, au développement de la culture assurantielle, à la transformation du marché ; mais aussi un cadre pour jeter les bases de l’avenir du secteur, à travers des réflexions autour du thème central : « Cinquantenaire de la FANAF : bâtir le futur de l’assurance africaine ».

Le 17 mars 1976, à Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire, des pères fondateurs visionnaires portaient sur les fonts baptismaux la Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines (FANAF), dans un contexte où le marché africain était dominé par des compagnies étrangères, notamment occidentales.

Comme une sorte de révolte, leur ambition était claire : inverser la tendance et arrêter l’hémorragie de la fuite des primes d’assurance hors du continent. Mais 50 ans après, que peut-on retenir et comment se projeter vers l’avenir ? Cette interrogation était au centre du cinquantenaire de la FANAF, célébré du 9 au 11 février 2026, à Abidjan, en Côte d’Ivoire.

Durant 72 heures, des décideurs politiques, régulateurs, des assureurs et de réassureurs, des courtiers et agents généraux, des experts, venus des quatre coins du continent et d’ailleurs ont passé au peigne fin les cinq décennies d’existence de la faitière, de fonctionnement du marché assurantiel africain. Ils ont également mené d’intenses réflexions sur l’avenir du secteur sur le continent, centrées sur le thème central de cette 50e Assemblée annuelle : « Cinquantenaire de la FANAF : bâtir le futur de l’assurance africaine ».

Une conférence Inaugurale sur  le thème : « Assurance et souveraineté financière : l’Afrique face à ses défis de transformation ?», des panels portant sur des sous-thèmes comme : « Cinquante ans de la FANAF au service du développement Africain : bilan et perspective », « Gouvernance et régulation pour accompagner le développement », « Nouveaux moteurs de croissance : comment élargir le périmètre de l’assurance en Afrique », « Cinquante ans de gestion des prestations : transformer le moment de vérité en levier de confiance et d’innovation », était au centre des échanges.

Du bilan, tous les intervenants sont unanimes que de nombreux acquis ont été engrangés. Avec plus de 200 compagnies membres de la FANAF, le marché africain des assurances n’est plus l’apanage des sociétés étrangères. Mieux, le continent regorge aujourd’hui de grands groupes d’assurances et de réassurance comme SUNU Assurances, SanlamAllianz, Activa, NSIA Assurances, Coris Assurances, Vista Assurances, Africa Re, CICA-RE, Continental Reinsurance, SEN-RE…

Emergence de champions nationaux et régionaux

« En cinquante années d’existence, la FANAF a accompagné la structuration progressive des marchés d’assurance africains. Elle a favorisé l’émergence de champions nationaux et régionaux, tout en contribuant à installer l’assurance comme un instrument de confiance, de protection et de stabilité dans nos économies », a reconnu le ministre ivoirien de l’Economie, des Finances et du Budget, Adama Coulibaly.

Dans la même veine, le Président sorti de la FANAF, César Ekomié Afene, a indiqué que, loin d’être un moment ordinaire, cette Assemblée annuelle porte en elle la marque de 50 années d’engagement collectif, de construction d’une vision partagée pour le développement du marché assurantiel africain.

Au cours de ces cinq dernières décennies, l’industrie assurantielle africaine a fait preuve de ses capacités à innover, à couvrir les risques majeurs, à soutenir la durabilité des économies africaines, participant ainsi à la résilience du continent. La FANAF a également joué un grand rôle dans le renforcement des capacités techniques et opérationnelles des acteurs du secteur, et a participé activement à façonner l’environnement juridique du marché.

Mais malgré ces acquis, beaucoup reste à faire pour booster l’assurance africaine, relever son taux de pénétration, qui reste en deçà de la moitié de la moyenne mondiale qui est d’environ 7%. Et pour y arriver, surtout face à une Afrique qui « connaît aujourd’hui une dynamique de transformation économique marquée par une urbanisation rapide, une croissance démographique forte, une montée en puissance du secteur privé et une exposition accrue aux risques climatiques, sanitaires, technologiques et sécuritaires », les chantiers et défis sont vastes, multiples et multiformes.

Ils s’articulent, entre autres, autour de la nécessité d’assurer une meilleure couverture des besoins des PME, des ménages à revenus modestes et du secteur informel à travers la micro-assurance, des risques climatiques et agricoles, des risques nouveaux liés à la transformation technologique et à la cybersécurité ; sans oublier le renforcement des capacités locales de réassurance.

Il importe aussi de s’appuyer sur le levier de la digitalisation pour rendre l’assurance plus accessible. Là, les assurtechs africaines doivent prendre toute leur place, pour produire des solutions adaptées aux réalités locales, ont souligné les délégués. Ils ont également relevé l’impératif de payer les sinistres à bonne date, afin de changer la mauvaise perception que les populations ont de l’assurance.

L’assurance au cœur de la nouvelle architecture financière

En un mot, il est clairement établi que pour les 50 prochaines années, l’assurance ne doit plus être un acteur périphérique du secteur financier africain. « Dans ce contexte, l’assurance n’est plus un simple mécanisme de couverture des risques. Elle apparaît désormais comme un levier stratégique de développement, un facteur de résilience macroéconomique et un instrument clé de mobilisation de l’épargne longue au service de l’investissement », a martelé le ministre ivoirien, Adama Coulibaly. Il a, par ailleurs, appelé à une réflexion approfondie sur la problématique de la conservation des primes sur le continent.

Pour le Président de la Banque africaine de développement (BAD), Dr Sidi Ould Tah, l’assurance va prendre une place de choix dans la nouvelle architecture financière dont l’Afrique a besoin pour financer durablement son développement.

Mais pour permettre à l’assurance de jouer ce rôle clé dans le financement des économies du continent, il urge de baliser davantage le terrain avec un cadre juridique souple, agile qui facilite l’innovation, la création de nouveaux produits pour s’adapter à l’évolution et répondre au mieux aux besoins réels des populations.

Cette préoccupation a fait l’objet d’une résolution de l’Assemblée générale qui a recommandé « le renforcement du cadre existant de plaidoyer auprès du Régulateur, visant à assurer l’adaptation continue du cadre réglementaire, afin de mieux soutenir la croissance, l’inclusion et la résilience du secteur de l’assurance au sein de la zone FANAF ».

Il est aussi ressorti des trois jours de discussions que la prise en compte du genre constitue un levier de croissance du marché assurantiel. Et les défis se situent à divers niveaux : le renforcement du personnel féminin dans les compagnies, dans les postes de responsabilités et les instances dirigeantes, et l’amélioration de l’accès des femmes aux produits d’assurance.

C’est pourquoi, une recommandation a été faite au « Bureau Exécutif de la FANAF de rendre pleinement opérationnel l’Observatoire FANAF de la Femme dans l’Assurance et d’en faire un outil stratégique de pilotage, d’analyse et de suivi de la performance en matière de gouvernance, de leadership féminin et de contribution à la croissance durable du secteur de l’assurance au sein de la zone FANAF ».

Autant de chantiers que le nouveau Bureau Exécutif de la FANAF, élu à l’issue de cette 50e Assemblée annuelle, composé de sept membres, avec à sa tête l’ivoirien Mamadou Koné, est appelé à déficher au cours des trois prochaines années afin de jeter les premiers jalons du futur de l’assurance africaine.

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