L’Organisation des Assurances Africaines (OAA) publie son Rapport annuel 2025. Réalisé par Faber Consulting, il montre comment les tendances économiques régionales façonnent les marchés de l’assurance en Afrique et souligne le besoin du secteur en données de marché d’assurance standardisées, de haute qualité et accessibles à temps, afin de renforcer la résilience et de réduire les déficits de protection.
Contexte macroéconomique – une croissance solide malgré les chocs mondiaux
Face aux chocs mondiaux et à une incertitude élevée, l’économie africaine a passé la Vitesse supérieure en 2024. La croissance moyenne du PIB réel est passée de 3,0 % en 2023 à 3,3 % en 2024, tandis que le PIB réel par habitant – indicateur de la réduction de la pauvreté – s’est légèrement amélioré, de 0,7 % à 0,9 %, selon le Groupe de la Banque africaine de développement. Les principaux moteurs de croissance ont été la hausse des dépenses des ménages, l’expansion du secteur des services, la stabilisation de l’économie mondiale, les réformes structurelles, les gains de productivité et l’investissement public ciblé, notamment dans les infrastructures. À l’horizon 2025-2026, l’Afrique conserve des perspectives de croissance supérieures à la moyenne mondiale malgré les révisions à la baisse liées au conflit commercial et douanier de 2025.
Au niveau des régions, l’Afrique de l’Ouest a mené la croissance en 2024 avec 4,5 %, portée par les investissements, une forte demande intérieure et de nouveaux flux pétroliers et gaziers. Le Sénégal se distingue comme l’économie à la croissance la plus rapide du continent, avec une progression prévue de 10,3 % en 2025. L’Afrique de l’Est, qui a affiché 4,3 % en 2024 – le deuxième taux régional le plus élevé – présente les meilleures perspectives : soutenue par des réformes, le développement des infrastructures, des économies de plus en plus diversifies et une part croissante du commerce intra-régional, la région devrait enregistrer 5,9 % de croissance en 2025 et 2026.
Malgré les récents chocs mondiaux, de nombreuses économies africaines ont connu une forte croissance au cours des cinq dernières années. D’après les données du FMI, 42 % affichent un taux de croissance annuel composé (TCAC) du PIB réel supérieur à la moyenne mondiale, et 66 % dépassent le TCAC des économies avancées.
Le déficit de protection en assurance révèle un important potentiel de croissance
Un coup d’oeil aux données de pénétration met en évidence à la fois le déficit et l’opportunité. Seuls deux marchés africains – l’Afrique du Sud (11,5 %) et la Namibie (7,4 %) – dépassent la moyenne mondiale de pénétration de l’assurance (6,8 %), selon Deloitte. Tous les autres marchés sont freinés par une faible inclusion financière, une informalité élevée et des capacités de distribution limitées. Cette carence souligne des défis structurels, mais met aussi en lumière l’important potentiel de croissance du secteur à mesure que les économie africaines se formalisent et que les revenus des ménages augmentent.
Le volume des primes est également très concentré. En assurance vie, l’Afrique du Sud continue de dominer, représentant environ 84 % des primes brutes émises (PBE), soit 38,4 milliards US$, loin devant le Maroc (2,7 milliards US$) et le Kenya (1,5 milliard US$), selon les dernières données disponibles. Tous les autres marchés se situent en dessous d’un milliard US$ de PBE. En non-vie, la concentration est aussi marquée : l’Afrique du Sud représente environ 53 % des PBE (12,0 milliards US$), suivie du Maroc (3,2 milliards US$), du Kenya (1,6 milliard US$) et de l’Algérie (1,1 milliard US$).
Comme le rapporte AM Best, l’Afrique bénéficie d’un secteur de la réassurance résilient. Les réassureurs d’Afrique subsaharienne (ASS) et du Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) sont restés solides en 2024, malgré des environnements de risques exigeants. Bien que la capacité soit restée limitée, de nombreux réassureurs d’ASS ont enregistré des ROE à deux chiffres et amélioré leurs ratios combinés grâce à un renforcement de la capitalisation interne, une sélection des risques plus stricte et des taux d’intérêt plus élevés, soutenus également par un marché mondial « strict ». Des cadres protectionnistes dans certains marchés ont continuede favoriser les acteurs locaux et de soutenir la stabilité des ratios de sinistres.
De même, dans la région MENA, la croissance a été soutenue par des prix mondiaux fermes, l’inflation, les cessions obligatoires et la demande en infrastructures et énergie. La capacité était abondante chez les fournisseurs régionaux et mondiaux, mais les pertes liées aux catastrophes et le contexte de risque difficile ont conduit au maintien d’une discipline de souscription. Les cadres protectionnistes ont continué de façonner la dynamique du marché, l’Arabie saoudite exigeant, à partir de 2025, que 30 % des cessions soient confiées aux réassureurs locaux.
Les données de marché comme catalyseur de croissance et de résilience
Le rapport met également en lumière une contrainte centrale du secteur de l’assurance en Afrique : l’absence de données de marché complètes, standardisées et transparentes. Beaucoup d’assureurs n’ont pas l’infrastructure numérique nécessaire pour la collecte et la publication des données ; la plupart des régulateurs n’exigent que des rapports annuels minimaux et agrégés ; les données publiées parviennent rarement aux courtiers et aux réassureurs ; et il n’existe pas d’autorité continentale chargée de sélectionner ou de standardiser les données. Cette situation nuit à l’évaluation efficace des risques, augmente les coûts, décourage l’investissement et freine l’innovation. Les marchés manquent ainsi de la visibilité necessaire pour prendre des décisions solides et fondées sur les données afin de renforcer la résilience et de favoriser la croissance.
Bien que davantage d’efforts soient nécessaires pour avoir un impact à l’échelle du continent, les régulateurs, assureurs, organisations professionnelles et fournisseurs de technologies africains reconnaissent de plus en plus ce déficit et commencent à mettre en oeuvre des initiatives pratiques d’harmonisation des données. Un exemple est le projet d’étalonnage des indicateurs clés de performance (ICP) mené par l’A2ii et Cenfri – couvrant le Ghana, le Kenya, le Malawi, Maurice, l’Ouganda et la zone CIMA – qui a amélioré les délais d’indemnisation, rationalisé la réglementation et accru la pénétration sur des marchés mal desservis.
Le rapport décrit comment l’OAA travaille actuellement à la mise en place d’une plateforme panafricaine visant à agréger, standardiser et centraliser les données d’assurance, et lance un appel à l’action aux parties prenantes pour soutenir cette initiative et d’autres efforts essentiels afin de faire progresser la disponibilité des données de marché, au bénéfice de tous.
Jean Baptiste Ntukamazina, secrétaire général de l’OAA, l’affirme : « Des données solides et fiables profitent à tous les acteurs du marché de l’assurance en Afrique. L’OAA pilote une initiative visant à soutenir une collecte plus systématique des données d’assurance, afin d’aider le secteur à croître durablement et à attirer des capacités. J’encourage les assureurs, réassureurs, régulateurs et partenaires technologiques à participer et à contribuer à bâtir la base d’informations dont nous avons besoin pour un avenir plus solide. »


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