Après la couverture du maïs, du mil, du sorgho, du niébé, de l’arachide, du soja, du coton, du sésame, du fonio, de l’igname, de la patate et du riz, le Burkina Faso va étendre l’assurance agricole au secteur de l’élevage, à partir de la campagne 2026-2027.
Désormais, les éleveurs peuvent souscrire à des produits d’assurance contre les risques liés à la mortalité des volailles, la peste des petits ruminants, la peste bovine, la peste porcine et la tuberculose bovine, ainsi que le déficit fourrager. Avec des primes d’assurance subventionnées à 30% par l’État burkinabè, cette extension de l’assurance agricole aux ressources animales vise à renforcer la résilience des éleveurs face aux aléas qui affectent la productivité du secteur.
Pays agricole, avec plus de 80% de la population active travaillant dans l’agriculture, le Burkina Faso veut mettre fin à sa dépendance aux importations alimentaires pour nourrir ses habitants. L’ambition des autorités gouvernementales actuelles est donc d’assurer la souveraineté alimentaire du pays, en s’appuyant sur la production végétale et animale nationale.
Pour atteindre cet ambitieux objectif, le renforcement de la résilience des agriculteurs et des éleveurs constitue un enjeu majeur. La mise en place de l’assurance agricole depuis 2019, sous l’égide du ministère de l’agriculture, de l’eau, des ressources animales et halieutiques, en partenariat avec les compagnies d’assurance regroupées au sein de l’Association professionnelle des sociétés d’assurance du Burkina (APSAB), s’inscrit dans cette volonté politique de sécuriser le capital productif et les investissements des agriculteurs et des pasteurs.
Débutée avec trois spéculations dans quelques régions pilotes, cette couverture des risques agricoles s’est étendue aujourd’hui à une douzaine de cultures, à savoir le maïs, le mil, le sorgho, le niébé, l’arachide, le soja, le coton, le sésame, le fonio, le manioc, la patate et le riz et concerne tous les agriculteurs sur toute l’étendue du territoire national. Elle les protège contre les pertes de rendement liées aux risques de sécheresse, d’inondation, de feux de brousse, d’attaques acridiennes et de maladies des plantes, y compris une police qui couvre aussi le décès de l’assuré.
Cette intervention publique, à travers la subvention des primes d’assurance agricole par l’État initialement à 50% et établie aujourd’hui à 30%, a permis d’améliorer progressivement le niveau d’adhésion au mécanisme assurantiel, de renforcer la confiance des acteurs et de démontrer concrètement la valeur ajoutée de l’assurance agricole dans la sécurisation des activités de production.
À titre illustratif, durant la campagne agricole 2025-2026, 41 838 hectares de production agricole dans 165 communes ont été assurés. 1 072 producteurs sinistrés recensés ont été indemnisés à plus de 59 millions de F CFA, hors souscription relative aux produits d’assurance du coton.
Un enjeu stratégique
Pour cette campagne 2026-2027, le Burkina Faso a fait le choix de renforcer cette couverture des risques de production dans un secteur essentiel du développement national : l’élevage. Avec un cheptel constitué de 6,19 millions de bovins, 9,7 millions d’ovins, 12,8 millions de caprins et 33 millions de poules locales, après l’agriculture, l’élevage constitue la deuxième activité du secteur primaire du pays. Il occupe environ 80% de la population active et contribue pour plus de 181% à la formation de la valeur ajoutée nationale.
Il occupe également une place importante dans la balance commerciale. En effet, après l’or et le coton, les produits de l’élevage constituent le troisième produit d’exportation du pays des Hommes intègres. Assurer la résilience d’un tel secteur, à travers l’assurance, constitue donc un enjeu stratégique aussi pour les acteurs que pour l’économie nationale dans son ensemble, au regard de son interconnexion avec les autres domaines d’activité.
Les éleveurs peuvent désormais se frotter les mains, car ils ne sont plus seuls à faire face aux risques liés à certaines pathologies animales qui les faisaient basculer dans la précarité. Ils bénéficient désormais de la couverture assurantielle contre le déficit fourrager, la tuberculose bovine, la peste porcine africaine, la peste des petits ruminants, la mortalité de la volaille liée à l’influenza aviaire hautement pathogène (grippe aviaire).
Subventionnée à 30% par l’État, la prime totale est de 14% de la valeur de l’animal pour la tuberculose bovine, 1,7% de la valeur de l’animal pour la peste des petits ruminants, 3,5% pour la peste porcine africaine, 7,7% pour le déficit fourrager. La prime totale est de 50 F CFA par tête pour les poules pondeuses, les poules de chair et locales, et les canards, 300 F CFA par tête pour les dindons, 120 F CFA pour les reproducteurs ; et de 4 F CFA par œuf.
Quant à l’indemnisation, elle s’élève à 100% du capital assuré. À titre illustratif, elle est de 2500 F CFA par tête pour le poulet et la pintade, 4500 F CFA pour le canard, 25 000 F CFA pour le dindon, à 90 F CFA par œuf. Et en cas de décès de l’assuré, le capital assuré est versé à 100% aux ayants droit.
Relever le défi de l’adhésion des éleveurs
Pour le Directeur général de la promotion de l’économie rurale, Ollé Arnaud Kam, la mise en place de l’assurance agropastorale traduit l’engagement des pouvoirs publics d’offrir au secteur de l’élevage un outil de résilience, un filet de sécurité qui protège l’investissement du producteur et lui permet de reprendre ses activités après un sinistre, sans sombrer dans la précarité.
« Cette assurance dédiée aux ressources animales marque donc un tournant majeur. Pour la première fois, les éleveurs burkinabè, ces hommes et ces femmes qui constituent l’épine dorsale de notre sous-secteur pastoral, disposeront d’une couverture assurantielle pour faire face aux risques majeurs auxquels ils sont confrontés. C’est un exploit du Gouvernement, fruit d’une volonté politique ferme et d’une ingénierie technique rigoureuse », a-t-il souligné.
L’initiative est bien accueillie par les éleveurs. Pour le secrétaire général de la Fédération des éleveurs du Burkina Faso, Amadou Tamboura, cette couverture assurantielle était très attendue par les acteurs du secteur depuis des années. « Il y a très longtemps que nous attendions la prise en compte des produits d’élevage dans le paquet de l’assurance agricole au niveau du Burkina. Les autorités en avaient fait une promesse ferme. Aujourd’hui, nous nous réjouissons qu’elle soit une réalité. Nous attendons sa mise en œuvre sur le terrain pour éventuellement corriger les insuffisances au fur et à mesure », a-t-il confié.
En attendant donc les premiers bilans, l’extension de l’assurance agricole à la couverture des risques liés aux principaux segments du secteur pastoral, à savoir l’élevage des petits ruminants (moutons, chèvres), de la volaille (poules, pintades, dindons, canards), des bœufs et des porcs, constitue un grand pas dans le renforcement de la résilience des éleveurs longtemps privés d’un tel instrument de couverture financière.
Mais, au regard de la nouveauté de ces produits assurantiels agropastoraux et de la faible culture assurantielle du monde paysan, un gros défi reste à relever : celui de la sensibilisation des acteurs pour une meilleure appropriation et une large adhésion des pasteurs des villes et des campagnes.
